L'agrément préfectoral de domiciliation : conditions, dossier et délais

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En bref

Exercer l'activité de domiciliation suppose un agrément préfectoral préalable, délivré par le préfet du département du siège (le préfet de police à Paris). Le dossier est instruit en deux mois, le silence valant rejet, et l'agrément est accordé pour six ans. L'article L123-11-3 du code de commerce pose six conditions, dont une pièce propre à assurer la confidentialité et, depuis le 27 juin 2026, une formation à la lutte contre le blanchiment.

Pourquoi un agrément est obligatoire

Domicilier des entreprises n'est pas une activité libre. Le code de commerce soumet l'exercice de l'activité de domiciliation à un agrément préalable (article L123-11-3). Le code APE correspondant est le 82.11Z.

Deux conséquences immédiates pour une agence :

  • Sans agrément, l'activité ne peut pas démarrer. L'exercice sans agrément est puni de six mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende.
  • Un manquement aux obligations du domiciliataire (celles de l'article R123-168, notamment) est sanctionné par une contravention de 5e classe.

À cela s'ajoute une règle de local souvent oubliée : l'article L123-11-2 interdit d'exercer l'activité de domiciliation dans un local à usage d'habitation principale ou à usage mixte professionnel. Un bureau installé dans l'appartement du gérant ne peut donc pas servir de support à l'agrément.


Les six conditions de l'article L123-11-3

L'agrément n'est délivré que si le demandeur satisfait à six conditions cumulatives. Elles se lisent comme une grille : si une seule manque, le dossier ne passe pas.

La sixième, la formation à la lutte contre le blanchiment, a été ajoutée par la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (article 69), en vigueur depuis le 27 juin 2026. Jusque-là, l'article n'en comptait que cinq.

1. Des locaux dotés d'une pièce propre à assurer la confidentialité

Les locaux doivent comporter une pièce permettant :

  • une réunion régulière des organes chargés de la direction, de l'administration ou de la surveillance des personnes domiciliées ;
  • la tenue, la conservation et la consultation des registres et documents prescrits par les lois et règlements.

En clair : une salle fermée, pas un open space partagé, avec de quoi archiver et consulter les dossiers à l'abri des regards. C'est la condition la plus concrète, et celle qu'un contrôle regarde en premier parce qu'elle se vérifie sur place.

2. La propriété des locaux ou un bail commercial

Le domiciliataire doit être propriétaire des locaux mis à disposition, ou en être titulaire d'un bail commercial. Un bail professionnel, un contrat de prestation de services, une convention d'occupation précaire ou une simple sous-location ne répondent pas à la lettre du texte. Si vos locaux sont détenus par une SCI liée, préparez la chaîne complète des titres.

3. L'absence de condamnation pénale définitive

Le demandeur ne doit pas avoir fait l'objet d'une condamnation pénale définitive pour certaines infractions visées par le texte. Cette condition est appréciée sur la personne du demandeur, et — pour les sociétés — sur les dirigeants et certains associés (voir plus bas).

4. L'absence de retrait d'agrément dans les cinq ans

Le demandeur ne doit pas avoir fait l'objet d'un retrait d'agrément au cours des cinq années précédentes. Une agence dont l'agrément a été retiré ne peut donc pas se relancer immédiatement, ni via un dirigeant repris à l'identique dans une nouvelle structure.

5. L'absence de faillite personnelle ou d'interdiction du livre VI

Le demandeur ne doit pas être sous le coup d'une faillite personnelle ni d'une mesure d'interdiction prévue au livre VI du code de commerce (procédures collectives).

6. Une formation à la lutte contre le blanchiment (depuis le 27 juin 2026)

Le demandeur doit justifier avoir suivi une formation en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, « selon des modalités prévues par décret ». Le texte renvoie donc à un décret le contenu, la durée et le mode de preuve de cette formation.

Au 13 octobre 2026, les articles réglementaires de l'agrément (R123-166-1 à R123-166-5) n'ont pas encore été modifiés en ce sens : aucun programme ni format d'attestation n'est fixé. En attendant, le réflexe prudent est de conserver dès maintenant, pour chaque formation LCB-FT suivie, l'attestation nominative, la date, la durée et le programme. Ces pièces servent déjà en cas de contrôle (voir notre guide sur le contrôle DGCCRF) et permettent de justifier la condition dans un dossier d'agrément ou de renouvellement.

Contrairement aux conditions 3° à 5°, l'article L123-11-4 n'étend pas cette condition aux dirigeants et associés d'une société : il vise toujours les seules conditions 3°, 4° et 5°.


Le cas des personnes morales : l'article L123-11-4

Une agence exploitée en société relève d'une règle supplémentaire. L'agrément n'est accordé à une personne morale que si :

  • les associés détenant au moins 25 % des voix, des parts ou des droits de vote, et
  • les dirigeants

satisfont aux conditions 3°, 4° et 5° de l'article L123-11-3 — c'est-à-dire l'honorabilité pénale, l'absence de retrait d'agrément dans les cinq ans et l'absence de faillite personnelle ou d'interdiction du livre VI.

Le même article impose, pour chaque établissement secondaire, de justifier que les conditions 1° et 2° (pièce de confidentialité, propriété ou bail commercial) sont remplies.

C'est le point qui fait le plus souvent trébucher les dossiers de sociétés : on documente le gérant, on oublie l'associé minoritaire à 30 % qui n'apparaît nulle part dans l'organigramme opérationnel.

L'article L123-11-4 pose aussi une obligation permanente : tout changement important d'activité, d'installation, d'organisation ou de direction doit être porté à la connaissance de l'autorité administrative. L'agrément n'est pas un document que l'on range dans un tiroir pour six ans.


Qui délivre l'agrément et où déposer le dossier

L'article R123-166-1 désigne l'autorité compétente :

SituationAutorité compétente
Cas généralLe préfet du département dans lequel se situe le siège du demandeur
ParisLe préfet de police

C'est donc la préfecture de votre siège qui instruit — pas celle de chaque établissement où vous domiciliez.


Le contenu du dossier (article R123-166-2)

La demande prend la forme d'une déclaration accompagnée de pièces. L'article R123-166-2 en fixe le contenu :

  • la dénomination du demandeur ;
  • l'activité exercée ;
  • l'adresse ;
  • l'état civil des dirigeants et des associés détenant au moins 25 % des voix, parts ou droits de vote ;
  • les pièces d'identité correspondantes ;
  • les justificatifs permettant d'établir que les conditions de l'agrément sont remplies (notamment le titre de propriété ou le bail commercial, et les éléments relatifs aux locaux) ;
  • une attestation sur l'honneur.

Cette liste date de 2010 : elle ne mentionne pas encore la formation LCB-FT exigée par le 6° de l'article L123-11-3 depuis le 27 juin 2026. Puisque la loi impose de la justifier, joignez l'attestation de formation au dossier sans attendre le décret.

Conseil pratique : constituez le dossier comme un classeur destiné à être relu par quelqu'un qui ne connaît pas votre agence. Une pièce par condition, dans l'ordre du texte, avec un sommaire. Les allers-retours viennent presque toujours d'une pièce manquante, pas d'un refus au fond.


Les délais : deux mois d'instruction, silence vaut rejet

L'article R123-166-3 fixe le rythme :

  • l'autorité dispose de deux mois pour instruire la demande ;
  • le silence gardé pendant ce délai vaut rejet ;
  • l'agrément, lorsqu'il est accordé, l'est pour une durée de six ans.

Le « silence vaut rejet » change tout dans la planification. On ne peut pas partir du principe qu'une absence de réponse est une bonne nouvelle. Il faut avoir déposé assez tôt pour absorber un refus implicite, comprendre ce qui manquait, et redéposer.

Retenez également que la durée de six ans n'est pas glissante : elle court à partir de la décision. La date d'échéance figure sur votre arrêté d'agrément — c'est la date à mettre dans votre agenda le jour même où vous la recevez.


Ce qui doit être déclaré en cours de vie de l'agrément

L'agrément vit avec l'agence. Deux textes se combinent.

L123-11-4 : tout changement important d'activité, d'installation, d'organisation ou de direction est porté à la connaissance de l'autorité administrative.

R123-166-4 : le changement substantiel doit être déclaré dans un délai de deux mois. Le même article impose de justifier que les conditions de l'agrément sont remplies pour chaque établissement secondaire.

Concrètement, la liste des événements à déclarer dans votre agence ressemble à ceci :

  • changement de gérant, de président, de membre de la direction ;
  • entrée ou sortie d'un associé au-dessus ou au-dessous du seuil de 25 % ;
  • déménagement, ouverture d'un nouveau site, réaménagement qui supprime ou déplace la pièce de confidentialité ;
  • changement de bail ou de titre d'occupation des locaux ;
  • ouverture d'un établissement secondaire : il faut démontrer que les conditions y sont remplies, site par site.

Le réflexe à installer : chaque fois qu'un acte modifie l'un de ces éléments, une tâche « déclaration préfecture » est créée avec une échéance à deux mois.


Suspension et retrait (article R123-166-5)

L'article R123-166-5 prévoit deux mesures :

  • la suspension de l'agrément, pour une durée pouvant aller jusqu'à six mois ;
  • le retrait de l'agrément.

Un retrait a un effet long : il fait tomber la condition 4° de l'article L123-11-3 pendant cinq ans, pour le demandeur comme, en société, pour les dirigeants et les associés à 25 % ou plus.

À noter enfin que l'article L123-11-5 place les domiciliataires dans le champ des obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Un dispositif LCB-FT inexistant n'est pas seulement un risque en soi : c'est un élément qui pèse dans l'appréciation de votre sérieux par l'administration.


Récapitulatif opérationnel

QuestionRéponseRéférence
Qui délivre ?Préfet du département du siège ; préfet de police à ParisR123-166-1
Combien de conditions ?6, cumulatives (formation LCB-FT ajoutée le 27 juin 2026)L123-11-3
Sociétés : qui est contrôlé ?Dirigeants + associés ≥ 25 % (conditions 3°, 4°, 5°)L123-11-4
Que contient le dossier ?Déclaration + état civil + pièces d'identité + justificatifs + attestation sur l'honneurR123-166-2
Délai d'instruction ?2 mois, silence vaut rejetR123-166-3
Durée ?6 ansR123-166-3
Changement substantiel ?Déclaré sous 2 mois ; justification par établissement secondaireR123-166-4
Sanctions administratives ?Suspension jusqu'à 6 mois, ou retraitR123-166-5
Exercice sans agrément ?6 mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende—

Wedom aide les agences de domiciliation à conserver au même endroit les références de leur agrément, leurs établissements et les déclarations à faire en préfecture.

Sources officielles